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Premières rencontres entre Peuples du PAcifique et Européens
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Pacific Encounters :  Premières rencontres entre Peuples du PAcifique et Européens
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Programme TAHITI

Des sacrifices venus de loin:  Tahiti et l'Europe

 

ANNE SALMOND

Université d'Auckland

 

(Key note lecture, Pacific Science Intercongress, Papeete, Mars 2009 ; traduction par Deborah Pope-Mars 2010, relecture Serge Tcherkézoff-Juillet 2011)


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   Vers l'an 1760, un prêtre du nom de Vaita se tenait sur une plage de Raiatea dans les îles de la Société, contemplant les ruines d'un temple en pierre. Plusieurs jours auparavant, des guerriers de l'île avoisinante de Borabora avaient attaqué le marae Taputapuatea, tuant le grand chef et profanant ce temple célèbre, centre du culte des 'arioi, adorateurs du dieu 'Oro. Dans leur furie, les guerriers envahisseurs avaient saccagé le marae, brisant les planches sculptées où les dieux se posaient au cours des cérémonies, détruisant le fare atua ou maison des dieux dans laquelle était conservée l'image de 'Oro et abattant les arbres sacrés qui ombrageaient le temple – un portail entre Te Ao, le monde quotidien des humains, et Te Po, le monde obscur des dieux et des esprits.

 

   Pendant que désespéré le prêtre regardait autour de lui, le dieu est entré dans son corps. Ses membres se sont tordus bizarrement et son regard est devenu farouche et fixe pendant qu'il psalmodiait:

 

   Les enfants glorieux de Te Tumu
Viendront et verront cette forêt à Taputapuatea
Leur corps est différent, notre corps est différent
Nous sommes une seule espèce provenant de Te Tumu.

 

   Et ils prendront cette terre
Et les anciennes règles seront détruites
Et les oiseaux sacrés terrestres et marins
Arriveront aussi ici
Viendront pleurer
Ce que cet arbre abattu a à enseigner
Ils arrivent sur une pirogue sans balancier.1

 

   Par la suite, à mesure que la prophétie de Vaita s'est répandue dans l'archipel, les gens se sont posés des questions sur ces enfants glorieux de Te Tumu et sur le moment où ils verraient leur vaisseau bizarre.

 

   Sept ans plus tard, en juin 1767, une flottille de pirogues partit de la côte sud-est de Tahiti, leurs équipages tout bourdonnant d'excitation. La veille, des pirogues en provenance de l'île voisine de Me'etia étaient arrivées pour les prévenir qu'une apparition étrange s'approchait de leurs côtes, un objet massif et haut avec des lumières sur les côtés, qui traversait l'océan. Plusieurs petits embarcations descendues le long de ses flancs, dont les équipages étaient composés de créatures qui auraient pu être des ancêtres, ou des dieux, ou même des personnes, s'étaient approchées de Me'etia avant de repartir en direction de l'extrémité sud de Tahiti. Certains pensaient que c'était une île flottante, comme Tahiti elle-même l'avait été autrefois, mue par le pouvoir des ancêtres. D'autres supposaient que c'était une grande pirogue, bien que ceci semblât improbable parce que cet objet n'avait pas de balancier pour l'empêcher de chavirer dans l'eau. A la tête de la flottille locale, se trouvaient plusieurs grandes pirogues à la proue et la poupe élevées, ornées de banderoles de plumes et portant sur leurs plates-formes des grands-prêtres arioi, vêtus d'étoffe d'écorced'un rouge foncé, qui tenaient en l'air des branches de plantain (symbole de corps humains, utilisées à la place de sacrifices humains en tant que geste propitiatoire); à bord de leurs pirogues, il y avait des balles d'étoffe d'écorce blanche et rouge destinées à servir d'offrandes au cas où il y en aurait besoin.
Lorsque la flottille arriva au large, la brume était tellement épaisse que le récif et le littoral étaient invisibles.  Plus tard dans la matinée quand la brume commença à se lever, les équipages des pirogues furent étonnés de découvrir un énorme bâtiment, dont les hauts flancs étaient ornés de rayures rouges et jaunes (les couleurs sacrées de 'Oro) flottant au large de la côte sud de leur île. Ils s'en approchèrent à la rame, criant et hululant, et s'arrêtèrent à une certaine distance pour s'entretenir pendant que les créatures à bord faisaient signe de la main et brandissaient des grains de verre et d'autres objets. Finalement, une des pirogues s'avança vers ces étranges visiteurs, son équipage tenant en l'air des branches de plantain pendant qu'un prêtre fit un long discours avant de jeter sa branche dans l'océan. Les insulaires considéraient la mer comme un grand marae ou temple, sacré pour tous, et ce geste marquait leurs intentions pacifiques. A ce moment-là, une centaine de pirogues, ou plus, tournait autour du vaisseau, portant au moins huit cents guerriers qui regardaient, captivés.  Si ceci était une pirogue, elle n'avait pas de balanciers pour l'empêcher de chavirer.  Peut-être que les êtres étranges à bord étaient bien la "progéniture glorieuse de Te Tumu", arrivant dans leur pirogue sans balancier et que la prophétie de Vaita s'était avérée vraie .
A bord de la frégate Dolphin de la Marine Royale, cette première rencontre était tout aussi empreinte de spéculation mythique. Comme l'a remarqué George Robertson, le premier maître du navire, lorsque les matelots aperçurent les hautes montagnes de Tahiti pour la première fois, beaucoup d'entre eux pensèrent qu'ils avaient finalement découvert le continent austral inconnu:

Ceci nous réjouit tous et nous emplit des plus grands espoirs imaginables, nous nous considérâmes alors
libérés de toutes nos souffrances car nous étions presque assurés de trouver toute sorte de
rafraîchissements sur cette grande masse de terre. Nous crûmes à ce moment-là voir le continent austral
longtemps désiré dont on a souvent parlé mais qu'aucun Européen n'a jamais vu
.2

 

   Pendant des siècles des nations européennes – l'Espagne, les Pays Bas, la France et la Grande Bretagne – avaient rivalisé pour découvrir ce continent légendaire, et la lutte géopolitique avaient inspiré plusieurs voyages d'exploration. En fait, c'était la deuxième fois que le Dolphin avait traversé le Pacifique en pareille mission. Pendant le précédent voyage du navire dans ces eaux, certains matelots avaient prétendu apercevoir un littoral élevé et par la suite le Ministère de la Marine avait envoyé le capitaine Wallis à bord du Dolphin pour le trouver. Mais leur traversée du Pacifique avait été longue et difficile et maintenant beaucoup de matelots souffraient des symptômes d'un scorbut avancé – faiblesse, nervosité et dépression; un désir désespéré d'être à terre; et, dans les cas graves, un pourrissement des gencives avec des dents qui bougeaient ou tombaient, une haleine fétide et une respiration sifflante et des membres raides couverts d'ulcères d'un violet noirâtre. Il était devenu difficile de manœuvrer le navire et, après une vaine tentative de débarquer à Me'etia, lorsqu'ils découvrirent une haute montagne au sud-ouest et une chaîne de montagnes plus au sud, ceci leur sembla être un signe de salut.

 

   A 9 heures du matin le 19 juin 1767, les hommes du Dolphin écoutaient anxieusement les brisants taper sur un récif proche, caché dans la brume.  Lorsque celle-ci se leva peu après, il y eut un moment d'étonnement mutuel – l'équipage découvrit que leur navire était entouré d'une centaine de pirogues, les insulaires criant et hululant et faisant un bruit d'enfer pendant qu'ils regardaient les premiers Européens qu'ils n'avaient jamais vus. Les matelots rêvaient de vivres frais et, pour essayer de faire comprendre qu'ils voulaient faire du troc pour des animaux sur pied, ils brandissaient des étoffes, des couteaux, des grains de verre et des rubans en grognant comme des cochons, en faisant le chant du coq et en indiquant du doigt la côte pour signaler ce qu'ils désiraient. Perplexes devant ce spectacle, les Tahitiens grognèrent, chantèrent comme des coqs et pointèrent du doigt à leur tour. Finalement, frustrés, les matelots conduisirent quelques guerriers qui étaient montés à bord du navire jusqu'aux enclos des animaux où ils leur montrèrent des cochons, des poules et des dindes. Bien que les insulaires aient fait comprendre qu'ils avaient des cochons et des poules à terre, les dindes les  étonnèrent et lorsqu'ils virent les moutons et les chèvres, ils plongèrent par-dessus bord, terrifiés.  Quand ils regrimpèrent à bord, Wallis donna quelques grains de verre et des clous à ces hommes en signe d'amitié. Ravis, ils commencèrent à s'emparer de tout ce qui était en fer à bord, y compris les épontilles et les chevilles à boucle, et ils paraissaient étonnés lorsqu'ils ne parvenaient pas à les casser.3
Lors de ces premiers échanges déconcertants, les histoires de Tahiti et de l'Europe se sont heurtées. Le moment était crucial car à Tahiti, à cette époque de l'année, le solstice d'hiver était imminent.4 Tous les ans au jour le plus court, des cérémonies sur les marae avaient lieu pour annoncer la fin de la saison d'abondance, quand les dieux partaient pour Te Po, le monde obscur des ancêtres et des esprits. Pendant le déroulement de ces rituels, la mer était placée sous une restriction sacrée et aucune pirogue ne devait partir en mer. Donc, deux jours plus tard, quand le capitaine Wallis envoya la barge et le cotre faire l'aiguade, les gens leur firent signe de s'éloigner et envoyèrent des pirogues pour les attaquer. Lorsque des guerriers tentèrent d'aborder la barge, un homme fut tué par un coup de feu et un autre blessé.  Tout comme Vaita l'avait prédit, il semblait que "les glorieux enfants de Te Tumu" étaient résolus à enfreindre les anciennes règles et à prendre le pouvoir sur l'île, en utilisant leurs armes mystérieuses à cette intention.
Quand ils entendirent parler du meurtre, les prêtres et les chefs se réunirent au marae local où ils prirent la décision d'essayer de chasser les étrangers. L'occasion se présenta deux jours plus tard lorsqu'on était en train de haler le Dolphin dans la baie de Matavai. Pendant que les matelots tiraient sur le cabestan, environ cinq cents pirogues se pressèrent autour du navire, portant plusieurs milliers de guerriers. Bientôt une flottille de pirogues ario'i s'approcha de la frégate, chacune transportant des jeunes filles sur leurs hautes plates-formes. A un signal, ces filles se mirent en rang et durant environ un quart d'heure "exécutèrent tous les gestes et les tours libertins qu'elles pouvaient inventer" pendant que leurs compagnons chantaient d'une voix rauque, jouaient de la flûte et du tambour et soufflaient dans des conques. Ces gens semblaient très joyeux et accueillants, souriant et riant alors que les matelots envahissaient le passavant et le gaillard d'avant, enchantés par les jeux lascifs des filles. Comme Wilkinson, un des matelots, l'a noté dans son journal:

Les hommes ont ordonné aux femmes de se tenir à la proue de leurs pirogues et d'exposer leurs corps
nus à nos regards. Comme nos hommes sont en bonne santé et de bonne humeur et commencent à ressentir
les bénéfices du porc frais, Dieu merci, il n'est pas étonnant que leur attention soit attirée par un
spectacle si peu courant pour eux.  Surtout que leurs femmes sont tellement bien proportionnées.5

  Bien que les Britanniques aient pris ces spectacles pour une forme de séduction sexuelle, ils étaient en fait des actes d'agression.  Comme le remarquerait plus tard Sydney Parkinson, l'artiste à bord de l'Endeavour, lors de compétitions entre des équipes de femmes à Tahiti, les vainqueurs avançaient vers leurs rivales en tapant du pied, en faisant des grimaces, en écartant les jambes, en soulevant leurs vêtements et en exposant leurs organes génitaux tout en chantant sur un ton désagréable.6 Cette manifestation de pouvoir féminin était destinée à humilier ceux à qui elle était adressée; et lorsque c'étaient des hommes qui se trouvaient ainsi raillés, c'était d'autant plus dégradant puisque le pouvoir noa (sans restriction, ordinaire) des femmes était mauvais pour le pouvoir ra'a des hommes et détruisait leur mana ou pouvoir ancestral.7  Ignorant tout de ces implications cosmologiques, les matelots britanniques répondirent de la même façon, en s'exposant aux femmes.

 

   Juste au moment où ces échanges atteignirent un paroxysme, un homme tenant une cape en étoffe d'écorce(qui devait être un grand prêtre de 'Oro) accosta au navire où il présenta une touffe de plumes rouges au capitaine Wallis. Alors que le commandant britannique crut que ceci était un geste d'amitié, ce fut en fait une invitation à se battre. Dès que Wallis prit la touffe de plumes, le prêtre jeta la branche de cocotier haut dans le ciel et, à ce signal, trois cents pirogues de guerre se précipitèrent sur le Dolphin, les guerriers faisant tournoyer leurs frondes et lançant une grêle de pierres sur les matelots stupéfiés. Après un moment d'étonnement, les tambours du navire retentirent et les matelots coururent à leurs canons et tirèrent au hasard dans la flottille de pirogues et sur d'autres pirogues qui embarquaient des guerriers sur la plage, regardés par des milliers de personnes. Quand les boulets de canon touchèrent les pirogues, projetant une pluie mortelle d'éclats, leurs équipages sautèrent par-dessus bord, épouvantés, s'agrippant aux débris qui flottaient dans l'eau ou coulant dans la mer ensanglantée. Après une pause, la flottille attaqua de nouveau et les canons firent encore feu, pulvérisant la pirogue sacrée transportant l'arche de 'Oro dans la bataille.  Comme l'a remarqué George Robertson, le premier maître du Dolphin:

   Ils doivent être horriblement choqués de voir leurs amis les plus chers déchiquetés de cette manière qu'ils
n'avaient jamais vue auparavant – essayer de dire ce que ces innocentes créatures ont pensé de nous serait
au-dessus de mes capacités.  Certains de mes camarades de carré croyaient qu'ils nous considéreraient
maintenant comme des demi-dieux venus les punir pour leurs péchés passés.8

 

   Maintenant il paraissait certain que la pirogue sans balancier devait avoir un lien avec 'Oro, dieu de la fertilité et de la guerre. Les fusiliers marins portaient des vestes écarlates, la couleur du dieu; et le vaisseau aussi était peint de ses couleurs. En outre, à Tahiti à cette époque, le tonnerre et la foudre étaient pris pour des marques du pouvoir de 'Oro.  Comme l'a rapporté plus tard le missionnaire James Cover, quand les insulaires s'enfuirent terrorisés du Dolphin, ils criaient, "E Atua haere mai – c'est le dieu qui est venu."9  Selon un autre des premiers missionnaires William Ellis, ils appelaient les fusils pupuhi, « souffler à plusieurs reprises » ; les canons pupuhi fenua, car ces armes « soufflaient sur la terre »; et les boulets de canon et de mousquet ofa'i, ou « pierres ». Il semble que les insulaires aient pensé que les premiers Européens étaient des acolytes de 'Oro, imprégnés de pouvoir ancestral, avec leurs armes qui lançaient le tonnerre, la foudre et une grêle de pierres qui tuaient un grand nombre de personnes.10
Pourtant, même après cette bataille sanglante, les chefs de l'île ne voulaient toujours pas céder. Le lendemain après-midi, lorsque le capitaine Wallis envoya son lieutenant à terre pour prendre possession de l'île, une foule de Tahitiens regardèrent pendant que les fusiliers marins vêtus de leurs vestes écarlates étaient à l'exercice, hissant un pavillon rouge en haut d'un mât. C'était un signe qui les laissait perplexes parce que, à Tahiti, quand un côté en avait assez de combattre, il expédiait un messager avec un manu faiti ou emblème de paix, un bâton avec un roseau, orné d'une touffe de plumes rouges et d'un petit drapeau rouge, attaché à un bout et un morceau d'étoffe d'écorce (rouge d'un côté et blanc de l'autre) noué à l'autre.11 D'autre part, à la naissance d'un grand chef, un héraut faisait le tour de son district portant un vane ou drapeau rouge; et lorsque son installation était imminente, on portait son drapeau autour de l'île.  Si celui-ci était rituellement accepté dans un district, c'était une marque d'acceptation et de soutien mais si le vane était déchiré c'était une déclaration de guerre.12
Selon les histoires de l'île, Amo, le grand chef des clans Teva (sur la côte sud-ouest) commandait à cette occasion; et, une fois le drapeau rouge hissé, il décida d'essayer de connaître les intentions des étrangers. Il envoya deux vieillards au navire avec des branches de plantain et deux gros cochons, qu'ils présentèrent au capitaine Wallis.  De retour à terre, ils  descendirent le pavillon rouge et l'emportèrent précautionneusement pour le présenter au grand prêtre de Amo, un homme nommé Tupaia.  Apres que Tupaia eut célébré les rituels de divination, Amo et les autres chefs prirent la résolution de faire une autre tentative pour défendre leur île contre les étrangers. Tôt le lendemain matin, quand le capitaine Wallis envoya un détachement à terre pour l'aiguade, des milliers de guerriers se cachaient dans les montagnes; mais lorsque les guerriers de Amo s'avancèrent, Wallis donna l'ordre à ses hommes de faire feu avec les canons du Dolphin et les fusiliers marins à terre tirèrent avec leurs mousquets. Pendant le tir de barrage, un boulet de canon tomba devant Amo et son ex-femme Purea, leur projetant de la terre au visage; Tu, le jeune grand chef des districts de Pare-Arue qui était aussi présent, s'enfuit terrifié.13 De plus en plus de personnes gisaient mortes et mourantes lorsque Tupaia, le grand prêtre de Amo, saisit le pavillon rouge du Dolphin et l'emporta à leur marae pour le mettre en sécurité.
Après cette démonstration de pouvoir écrasant, Amo et les autres chefs décidèrent finalement de capituler. Ils envoyèrent une offrande de paix composée d'étoffe d'écorce, de cochons, de chiens et de poules à la plage; et lorsque les canots des matelots arrivèrent à terre, les vieillards alignèrent de nombreuses belles jeunes filles, en montrant avec des gestes explicites comment les Britanniques devaient les traiter. En riant, les matelots répondirent avec leurs propres gestes obscènes, et se dénudèrent devant les filles. Selon Robertson, le capitaine du Dolphin, "les pauvres jeunes filles semblaient un peu craintives mais se montrèrent rapidement moins farouches."14 Beaucoup de ces filles n'avaient que treize ou quatorze ans et c'était une perspective terrifiante d'être remises aux étrangers, qu'ils fussent des ancêtres, des 'arioi victorieux ou une espèce d'êtres bizarres. Pire encore, beaucoup de matelots étaient atteints de scorbut et avaient les jambes couvertes d'ulcères, des gencives découvertes et une haleine fétide; et après des mois de mer, ils étaient aussi d'une saleté répugnante –  perspective peu séduisante.  Cette nuit-là, à bord du Dolphin, les hommes étaient en pleine forme. Comme l'a remarqué le capitaine Robertson:

 

   Tous le matelots juraient qu'ils n'avaient jamais vu de femmes mieux faites de leur vie
et déclarèrent tous qu'ils préféreraient vivre avec les deux tiers de leur solde que de perdre une si
belle occasion d'avoir chacun leur fille – cette nouvelle rendit tous nos hommes fous d'envie d'être
à terre, même les malades qui étaient sur la liste du médecin depuis plusieurs semaines déclarèrent
qu'ils seraient très heureux d'avoir le droit de descendre à terre et en même temps qu'une jeune fille
ferait une infirmière excellente … nous passâmes une nuit très joyeuse.
15

 

   Dans son livre Islands of History (Des îles dans l'histoire), en décrivant les premiers échanges entre le capitaine Cook et les Hawaiiens, l'anthropologue Marshall Sahlins a comparé la "mytho-praxis des peuples polynésiens" avec "l'utilitarisme désenchanté de notre propre conscience historique"16.  Comme tant de récits d'exploration européenne dans le Pacifique, dans sa description de l'arrivée du capitaine Cook à Hawai'i, Sahlins dépeint les explorateurs comme des signes avant-coureurs de l'histoire, qui rencontrent des insulaires vivant dans une brume hantée par des mythes. Pourtant, si l'on se réfère aux traditions orales des îles et aux sources documentaires européennes, il devient vite manifeste que cette distinction comporte deux erreurs. D'une part, il est clair que, au moment où les histoires de Tahiti et d'Europe se sont croisées pour la première fois, des relations géopolitiques ont été forgées qui influenceraient profondément les événements qui auraient lieu sur l'île par la suite. D'autre part, il est évident que lors de ces premières rencontres à Tahiti, les explorateurs et les insulaires se sont vus tous les deux à travers la brume de leurs propres enchantements.  Alors que les Tahitiens associaient les Européens avec 'Oro, dieu de la fertilité et de la guerre, par exemple, le capitaine Wallis cherchaient un bloc continental légendaire, Terra Australis Incognita, le continent austral inconnu.
Ce même enchevêtrement de mythologies polynésiennes et européennes a eu un effet profond sur les premières représentations littéraires de la vie dans le Pacifique. Pendant le séjour de Wallis sur l'île, les matelots européens ont montré d'étranges pouvoirs destructeurs; aussi beaucoup de gens du pays avaient-ils conclu que le Dolphin étaient une grande pirogue appartenant à 'Oro. La nouvelle des fusillades s'est rapidement propagée dans les îles et, lorsque deux navires français, sous le commandement de Louis de Bougainville, sont arrivés sur la côte est de l'île, juste neuf mois après le départ de Wallis, les gens de Hitia'a n'avaient aucune envie de défier ce nouveau groupe de puissants étrangers. Ils ont préféré les traiter avec un respect admiratif, en essayant de se les concilier au moyen de cadeaux et d'en faire des alliés.
Ainsi, en avril 1768 quand la Boudeuse et l'Etoile entrèrent dans le lagon de Hitia'a, des pirogues bondées de jeunes femmes se pressèrent autour des navires, leurs équipages faisant signe de la main et criant "Taio!" ("ami adoptif").  A l'approche de chaque pirogue, des femmes et des hommes âgés enlevèrent les vêtements en étoffe d'écorce que portaient les filles.17 Finalement, une belle jeune fille grimpa à bord de la Boudeuse et dans son récit officiel du voyage, Bougainville a décrit ce qui s'est passé:

   Les hommes… nous pressaient de choisir une femme, de la suivre à terre, et leurs gestes non
équivoques démontraient la manière dont il fallait faire connaissance avec elle.  Je le demande:
comment retenir au travail, au milieu d'un spectacle pareil, quatre cents Français jeunes, marins,
et qui depuis six mois n'avaient point vu de femmes?

 

   Malgré toutes les précautions que nous pûmes prendre, il entra à bord une jeune fille qui vint
sur le gaillard d'arrière se placer à une des écoutilles qui sont au-dessus du cabestan; cette
écoutille était ouverte pour donner de l'air à ceux qui viraient.  La jeune fille laissa tomber
négligemment un pagne qui la couvrait et parut aux yeux de tous, telle que Vénus se fit voir
au berger phrygien.  Elle en avait la forme céleste.  Matelots et soldats s'empressaient pour
parvenir à l'écoutille, et jamais cabestan ne fut viré avec une pareille activité.

 

   Nos soins réussirent cependant à contenir ces hommes ensorcelés; le moins difficile n'avait
pas été de parvenir à se contenir soi-même.18

 

   Au moment où la jeune femme fit tomber ses habits en étoffe d'écorce, elle lui rappela irrésistiblement Vénus, déesse de l'Amour, connue par les Grecs sous le nom d'Aphrodite. La peinture et la sculpture dans l'Europe du dix-huitième siècle étaient dominées par des thèmes néoclassiques et la déesse de l'Amour était souvent représentée drapée de robes, nue ou les seins dénudés.  Fesche, un officier subalterne à bord de la Boudeuse, a aussi invoqué les dieux de l'Antiquité à cette occasion; dans son cas, Cupidon ou Eros, messager et compagnon d'Aphrodite:

 

   Ce voile dis-je, fut bientôt levé, plus promptement il est vrai par la divinité indienne elle-même
que par eux. Elle suivait les usages de son pays, hélas, que la corruption de nos mœurs à détruit
chez nous. Quel pinceau pourrait décrire les merveilles que nous découvrîmes à la chute heureuse
du voile opportun? Une retraite destinée à l'Amour lui-seul! Un bosquet enchanteur que ce Dieu
avait sans doute lui-même planté!
19

 

   Fesche avait raison lorsqu'il supposa que la fille suivait un usage local car, à Tahiti, les gens se déshabillaient jusqu'à la taille en présence d'un grand chef, reconnaissant ainsi son mana.  De surcroît, un étranger de haut rang était souvent accueilli par une jeune 'arioi enveloppée de couches d'étoffe d'écorce qui tournait lentement sur elle-même, en déroulant l'étoffe d'écorce  jusqu'à ce qu'elle se retrouvât nue – une présentation rituelle qui n'impliquait pas nécessairement des sous-entendus de disponibilité sexuelle.  Mais les matelots ne comprenaient rien de tout cela et ils se pressèrent autour de la fille, en la caressant amoureusement; et après un certain temps, elle quitta le navire l'air affligé et offensé.

 

   Captivé par ce spectacle, Bougainville a nommé cette île la "Nouvelle Cythère" d'après l'île grecque de Cythère où la jeune déesse Aphrodite avait été d'abord rejetée sur le rivage. En Europe, à cette époque, cette superbe et capricieuse divinité était célébrée comme le symbole du désir sexuel, avec son compagnon Eros. Comme Bougainville, le Prince de Nassau, Commerson, le naturaliste de l'expédition, et plusieurs des officiers à bord étaient des hommes éduqués, imprégnés des auteurs classiques et la mythologie grecque et romaine leur fournissait un moyen de comprendre ces expériences exotiques. Plus tard, dans un récit dithyrambique qui a été publié bien avant tout journal du voyage de Wallis et largement diffusé en Europe, Commerson a décrit Tahiti comme une île de l'Amour, avec de merveilleuses femmes séduisantes:

   Nés sous le plus beau des cieux, nourris des fruits d'une terre fertile qui n'a aucun besoin d'être
cultivée, gouvernés par des pères de famille plutôt que par des rois, ils ne connaissent pas d'autres
dieux que l'Amour. Chaque jour lui est voué, l'île entière est son temple, chaque femme son autel,
chaque homme son prêtre.  Et quel genre de femmes? demanderez-vous. Les rivales des femmes
géorgiennes en ce qui concerne la beauté, et les sœurs des Grâces dévêtues.20

   Cette vision lyrique et élogieuse de la société évoquait une utopie qui devrait exister quelque part sur terre, si non à Tahiti; où les gens vivaient en paix et en liberté et faisaient l'amour en toute innocence; et son récit a vivement et durablement mobilisé l'imaginaire européen.  A partir de ce moment, les Polynésiennes sont devenues des figures mythiques, associées aux idées d'un Age d'Or de désir innocent et de liberté sexuelle.
On peut encore apercevoir les visions arcadiennes qui ont inspiré Bougainville et ses compagnons dans beaucoup d'écrits, d'images ou tableaux utopiens de cette époque en Europe.  A Paris au Louvre, par exemple, une peinture de Watteau de 1717 appelée Pèlerinage à Cythère montre un groupe de personnes élégamment vêtues débarquant sur une plage, survolées d'une bande de Cupidons, en arrivant à l'île de Vénus; pendant qu'à la National Gallery of Australia à Canberra ou à la Honolulu Academy of Arts à Hawai'i, un papier peint français intitulé Des Sauvages de l'océan Pacifique (1804) représente les habitants des îles des mers du Sud. Dans la partie du papier peint représentant Tahiti, trois filles en robe blanches dansent gaiement dans un pré herbeux sous des arbres fruitiers et des palmiers, accompagnées par des musiciens jouant de la flûte et du tambour, évoquant les trois Grâces, campagnes de la déesse Aphrodite. Comme l'a remarqué l'auteur du croquis à l'origine de cette section du papier peint: "M. de Bougainville a fait une description tellement séduisante de [Tahiti] que l'on est tenté, parfois, de déceler la main romantique d'un poète dans le rapport de l'explorateur, … particulièrement en ce qui concerne les mérites des femmes dont les jeux représentent ceux de Paphos et de Cythère dans l'antiquité grecque."21 En fait, de telles allusions mythiques colorent encore les images utilisées pour promouvoir les îles du Pacifique auprès de touristes – de jeunes femmes à la peau brune et aux cheveux longs qui sourient ou font signe d'approcher – les nymphes d'Aphrodite sous l'apparence de Polynésiennes, la quintessence de la jeune fille des îles des mers du Sud.

   Comme Bougainville et Commerson, Joseph Banks, le jeune naturaliste fortuné qui accompagnait le capitaine Cook lors de la prochaine expédition qui devait arriver à Tahiti, s'est servi de la mythologie grecque et romaine pour comprendre la vie sur l'île. Banks avait une bonne éducation, ayant étudié à Eton où on lui avait inculqué les auteurs classiques et à Oxford où il s'était découvert une passion pour la botanique. C'était un voyage scientifique, envoyé dans le Pacifique pour observer le passage de Vénus et Joseph Banks était à la tête de l'équipe d'astronomes, d'artistes et de naturalistes de la Royal Society à bord de l'Endeavour.22 A peine avait-il posé pied à terre en avril 1769 que Banks donna à l'île le nom de "Arcadie", celui de la demeure montagneuse du dieu grec Pan, et appela différents chefs locaux "Nestor" (vieux guerrier grec, sage mais vantard); "Hercule" (le plus grand des héros renommé pour sa force et son courage), "Lycurgue" (homme d'Etat et orateur), "Epicure" (le célèbre adepte du plaisir); "Mentor" (ami d'Odysse et sage conseiller de son fils) et "Ajax" (autre guerrier célèbre). Quand il rencontra Purea, l'épouse d'Amo et une des principales 'arioi qui était devenue célèbre en Grande Bretagne comme la "Reine" de Tahiti  et qu'elle lui offrit une de ces belles suivantes comme amante, il était ravi. C'était comme si le jeune homme était revenu à une époque mythique où l'amour était libre et où il avançait tel un roi, vision tellement séduisante qu'elle fut à peine troublée par ses expériences à venir.  Bien qu'il ait couché aussi avec la "Reine" au moins une fois, il avoua avec regret qu'après "elle l'avait congédié avec un mépris manifeste, en lui apprenant qu'il ne pouvait se comparer à ses propres hommes et en lui enjoignant de consacrer son attention aux filles de sa suite à l'avenir".23
En même temps, Banks forgea une relation étroite avec le grand prêtre de Purea, Tupaia, que George Forster a décrit plus tard comme un "génie". Tupaia était un prêtre de haute naissance de Raiatea qui avait appris la navigation à Tuputapuatea, le centre du culte 'arioi et de l'adoration de 'Oro sur Raiatea.  Les 'arioi étaient des voyageurs invétérés qui assistaient aux rituels saisonniers qui avaient lieu sur différentes îles afin d'assurer la fertilité de la terre, de la mer et des gens, et ils fêtaient ces occasions avec des spectacles de lutte, de boxe, de sketchs satiriques et de danse.  Le missionnaire William Ellis a donné une description colorée de l'arrivée d'une flottille de 'arioi:

 

   [Ils] s'avancèrent vers la terre, leurs banderoles flottant dans le vent, jouant du tambour et de la
flûte et les Areois, accompagnés de leur chef qui leur servait de souffleur, firent leur apparition
sur une estrade érigée à cette fin; les déformations extravagantes de leurs personnes, leurs
gestes grotesques, leurs corps peints et leurs chants vociférés se confondant avec le son
du tambour et de la flûte, la mer qui se brisait et la houle et la violence du ressac … le tout …
présentait un spectacle ridicule et imposant.
24

 

   A cette occasion, la flottille des 'arioi était arrivée pour rendre honneur à 'Oro en tant que dieu de la fertilité et elle fut accueillie avec joie et gaieté. Mais, lorsque les 'arioi voyageaient en masse pour se rendre aux cérémonies à Taputapuatea en l'honneur de 'Oro en tant que dieu de la guerre, l'ambiance était sombre et effrayante. Leurs pirogues, entraînéees par des hommes qui pagayaient nus, transportaient les prêtres et les images des dieux et étaient chargées d'offrandes sacrificielles ou taputapu (d'où le nom Taputapuatea – "Sacrifices venus de loin").  Des tambours sacrés et des conques servant de trompettes étaient posés sous les plates-formes à la proue et des paires d'hommes et de poissons (y compris des carangues, des requins et des tortues) morts reposaient sur les estrades comme offrandes pour 'Oro.  Lorsque les gros tambours retentissaient, annonçant que des victimes humaines allaient être offertes en sacrifices à 'Oro, les gens du district étaient remplis d'effroi, faisaient taire leurs enfants et leurs bêtes et éteignaient les feux.
Tupaia avait participé à plusieurs de ces expéditions et, après la conquête de Ra'iatea par les guerriers de Borabora quand ils profanèrent le marae de Taputapuatea provoquant la protestation prophétique de Vaita, il prit la fuite et s'exila à Tahiti, apportant avec lui une ceinture de plumes rouges et une image de 'Oro.  Il rejoignit Amo et Purea, les grands chefs de Papara, comme leur grand-prêtre, et il devint rapidement l'amant de Purea.  Au moment de la visite du Dolphin, ils construisaient Mahaiatea, un immense nouveau marae à Papara où ils pensaient établir le fils de Purea et Amo en tant que chef suprême de l'île. Purea prit le capitaine Wallis comme ami adoptif dans l'espoir qu'il soutiendrait l'intronisation de son fils, mais Wallis avait appareillé avant que ceci ne pût s'accomplir. En décembre 1768, lorsque la cérémonie d'intronisation était imminente, une grande armée menée par Tutaha, un chef des districts de Pare-Arue, avait attaqué Papara, s'était emparé des reliques sacrées que Tupaia avait apportées et les avait emportées, ravageant le district et chassant Purea, Amo et Tupaia dans les montagnes.
Comme Tupaia, Tutaha était aussi un des principaux 'arioi et, après l'arrivée de l'Endeavour en avril 1769, il regarda, frustré, Purea et Tupaia créer des relations étroites avec le capitaine Cook et ses compagnons. Tupaia se joignit à la suite d'artistes et de scientifiques de Banks et ne tarda pas à apprendre à dessiner et à peindre à l'européenne.25  Pendant les trois mois que Cook et ses compagnons passèrent à Tahiti, le grand-prêtre termina une série de croquis  remarquable sur la vie des 'arioi, dessinant souvent les mêmes sujets que les artistes de Banks.
Après un certain temps, il se mit aussi à apprendre au capitaine Cook et à Robert Molyneux, le premier maître de l'Endeavour,la navigation polynésienne, en leur dictant des listes des îles autour de Tahiti, en essayant d'expliquer les techniques employées par les navigateurs insulaires et en travaillant avec Banks sur une carte des îles Sous-le-Vent. Il était ravi quand à deux reprises les hommes de Cook prirent son ennemi Tutaha en otage; la deuxième fois, lorsque Tupaia s'engagea activement du côté des Britanniques, il mit sa vie en grand danger. 
Quand l'Endeavour quitta Tahiti, donc, Tupaia était à bord pilotant le navire à travers les îles de la Société.  Bien que le grand-prêtre navigateur guidât le vaisseau jusqu'à Ra'iatea, faisant faire une visite cérémonielle à Taputapuatea à ses compagnons et accomplissant ainsi la prophétie de Vaita, le capitaine Cook refusa de l'aider à libérer son île natale des envahisseurs de Borabora. Lorsqu'ils appareillèrent des îles de la Société et que Tupaia essaya  de guider l'Endeavour en direction de l'ouest vers des îles qu'il avait visitées auparavant (manifestement dans l'archipel tongien), au lieu de cela le capitaine Cook fit route au sud à la recherche de la Terra Australis. Malgré ces frustrations, cependant, au cours de leur voyage vers le sud Tupaia aida Cook à tracer une carte extraordinaire des îles autour de Tahiti et tenta d'expliquer la religion tahitienne à Banks.26 A leur arrivée en Nouvelle Zélande, il s'occupa des négociations avec les différents groupes de parenté qu'ils rencontrèrent pendant les six mois de leur circumnavigation. En Nouvelle Zélande, l'arrivée d'un grand-prêtre navigateur de Hawaiki (le pays natal des Maori et l'ancien nom de Ra'iatea) à bord de cette étrange embarcation fit une impression extraordinaire sur les Maori. Ils pensèrent que l'Endeavour était le navire de Tupaia, et lorsque Cook retourna en Nouvelle Zélande lors de ses deux voyages suivants, ils réclamèrent Tupaia à grands cris et pleurèrent en apprenant qu'il était mort à Batavia.

 

   A la prochaine visite de navires européens, en novembre 1772, l'enchevêtrement de la géopolitique européenne et tahitienne devint encore plus évident.  Bien que les chefs du sud de Tahiti se fussent joints à Tutaha dans l'attaque contre les gens de Purea et Amo, après le départ de l'Endeavour ils se brouillèrent avec lui et le tuèrent lors d'une grande bataille. Pendant les rituels de conciliation, Vehiatua, le jeune grand chef du sud de Tahiti, devint l'ami adoptif du petit-neveu de Tutaha, Tu, qui par la suite fut reconnu chef suprême de l'île.  Lorsque deux vaisseaux espagnols en provenance du Pérou, commandés par Don Domingo Boenechea, arrivèrent dans le sud de Tahiti en 1772, le commandant espagnol envoya un bateau autour de l'île pour faire le relevé du littoral. A Pare, son lieutenant rencontra le jeune chef suprême et devint son ami adoptif.  Après cette brève visite d'exploration, Boenechea emmena quatre jeunes insulaires au Pérou où ils vécurent quelque temps chez Manuel de Amat, vice-roi du Pérou à l'époque.27 
Lorsque Boenechea retourna à l'île, en novembre 1774, afin d'y établir une mission catholique dans la baie de Viatepiha, il était accompagné des deux insulaires qui avaient survécu, de deux frères franciscains et d'un jeune fusilier marin qui avait appris un peu de tahitien. Une maison missionnaire portable fut montée et, quand Boenechea mourut inopinément, le commandant espagnol fut enterré sous la croix devant la mission. Peu après, les navires retournèrent au Pérou, laissant les frères et le jeune fusilier marin péruvien sur l'île. Mais, malheureusement, les frères espagnols avaient déjà montré du dédain pour les coutumes tahitiennes, en profanant un marae de 'Oro qui se trouvait à côté de leur mission et en se brouillant avec une des principales cheffesses.  Les 'arioi étaient furieux et, tous les soirs, ils s'attroupaient autour de la maison missionnaire, en exécutant des danses explicitement sexuelles et lançant des insultes obscènes aux frères. Si Maximo Rodriguez, le jeune fusilier marin, aima les dix mois qu'il passa sur l'île où il établit des relations de taio avec Tu aussi bien qu'avec Veihuata, les frères trouvèrent l'expérience traumatisante. Après la mort du jeune chef Vehiatua, ils craignaient pour leurs vies et, lorsque la frégate espagnole revint voir comment allait le groupe de missionnaires, ils supplièrent son capitaine de les emmener. A leur retour à Lima, Maximo Rodriguez, qui avait écrit un journal détaillé et coloré et un compte-rendu détaillé des coutumes tahitiennes pendant son séjour sur l'île, remit ces documents, accompagnés d'un umete (« bol ») sacré en pierre provenant de Taputapuatea, le marae à Atehuru où l'image que Tupaia avait faite de 'Oro et la ceinture de plumes rouges étaient alors conservées, à Manuel de Amat, le vice-roi qui avait envoyé trois expéditions à l'île.  Mais Amat fut remplacé peu après et, bien que le journal et le bol en pierre existent encore, le compte rendu que Maximo avait fait de la vie tahitienne a disparu dans les archives espagnoles. 

   J'espère que ces quelques brefs exemples ont permis de voir clairement que la notion selon laquelle, pendant ces premières rencontres, des insulaires sans histoire faisaient la connaissance d'Européens sans mythologie est elle-même légendaire et une mystification.  Pire, elle engendre des récits borgnes et appauvris de ces rencontres, qui ignorent totalement les complexes échanges mutuels qui ont eu lieu entre les mythologies et les histoires de l'Europe et celles des îles, influençant les événements au fur et à mesure qu'ils se déroulaient.  A Tahiti, par exemple, pendant cette première période, la Grande-Bretagne, la France et l'Espagne se sont habilement réparties sur l'île, s'associant avec différents districts et lignages. Le commandant britannique, le capitaine Wallis, a jeté l'ancre dans la baie de Matavai, s'alliant avec Purea et Amo de Papara et avec leur grand-prêtre Tupaia sur la côte ouest de l'île. Louis de Bougainville, le commandant français, a établi son campement à Hitia'a sur la côte est, s'alliant avec le grand chef de ce district. Comme Wallis, le capitaine James Cook a mouillé dans la baie de Matavai où il a forgé une alliance difficile avec Tutaha, régent de Tu, bien que lui et Banks aient également entretenu des relations étroites avec les ennemis invétérés de Tutaha, Purea et Amo, et avec leur grand-prêtre Tupaia. Lorsque Boenechea est arrivé au large de la côte sud de l'île, le commandant espagnol s'est lié avec Vehiatua II, grand chef du sud de Tahiti, bien que le jeune fusilier marin Maximo Rodriquez ait également forgé une relation taio avec Tu, petit-neveu de Tutaha, qui était alors le principal chef de l'île. Par ailleurs, pendant cette période des premiers contacts, chacun des commandants européens a donné un nom différent à l'île. Le capitaine Wallis l'a appelée « l'Ile du Roi Georges », en référence à son roi ; Bougainville l'a appelée "Nouvelle Cythère", en souvenir du lieu de naissance d'Aphrodite, déesse de l'amour; Cook a utilisé le nom local "Otaheite" (Tahiti); tandis que Boenechea l'a baptisée "d'Amat" en souvenir du vice-roi du Pérou qui l'avait envoyé à l'île – à chaque fois, un choix éclairant. Au fur et à mesure que chaque commandant prenait certains grands chefs comme taio, des noms, des généalogies, des ennemis et des alliés étaient échangés, faisant évoluer l'histoire tahitienne dans de nouvelles directions.
Si l'engagement espagnol avec Tahiti a été de courte durée, les gouvernements britannique et français ont continué tous les deux à s'intéresser à l'île pendant longtemps. Quand le capitaine Cook est revenu aux îles de la Société lors de ses deuxième et troisième voyages, il est devenu l'ami adoptif de Tu, ce qui a donné à la dynastie Pomare un accès privilégié aux biens européens et un net avantage sur les autres groupes de parenté de l'île. La relation entre la dynastie Pomare et les Britanniques a été de nouveau renforcée pendant les visites ultérieures du capitaine Sever du Lady Penrhyn et du capitaine Bligh lors de ses deux voyages pour obtenir des arbres à pain, et par les missionnaires de la London Missionary Society  quand ils sont arrivés sur l'île en 1797. En raison de ces engagements historiques, il se trouve que beaucoup des plus riches récits sur l'ancienne vie et les anciennes coutumes de l'île, écrits en anglais, sont dans des archives anglophones ; pendant qu'un grand nombre des plus belles collections d'anciens objets tahitiens sont détenus par des musées britanniques.
Il y a quelques exceptions – par exemple, le magnifique 'umete en pierre ramené par Maximo Rodriguez du marae Taputapuatea à Tahiti, qui est maintenant au Musée National d'Anthropologie de Madrid et bien sûr, les différents marae qui ont survécu à plus de 200 ans d'histoire coloniale dans les îles. Celui de Purea et Amo, par exemple, avec son ahu à étages qui s'élevait vers les cieux, témoignant de la fierté des clans de Papara, et qui se trouve maintenant au bout d'un chemin obscur et sinueux descendant à la plage au milieu de maisons et de jardins. Depuis l'époque de Cook, la côte s'est érodée et la mer vient presque lécher le bas du ahu qui a été réduit à un haut amas de gravats empilés, recouvert de casuarina et d'autres arbres et jonché de quelques détritus. Selon Teuira Henry, en 1865 le gouverneur français a fait pression sur la cheffesse de Papara pour qu'elle permette la démolition des marches en pierre de Mahaiatea pour faire un pont sur une rivière avoisinante et elle et son peuple furent obligés d'accepter. Mais peu de temps après sa construction, le nouveau pont a été emporté par une crue.28
Taputapuatea, le grand marae sur l'île de Raiatea, a connu un sort meilleur. Après d'importants travaux de restauration dirigés par l'archéologue japonais Yoshi Sinoto, le site est aujourd'hui dominé par le principal ahu ou plate-forme en pierre – un étroit édifice rectangulaire de roches empilées long de cent quarante pieds et bordé d'énormes dalles verticales, sur lequel poussent des arbustes et un gros arbre. Devant le ahu  s'élèvent quelques petites pierres dressées où autrefois les chefs s'agenouillaient et auxquelles étaient associées leurs généalogies. La plupart des arbres sacrés qui jadis ombrageaient le marae Taputapuatea ont été abattus et il s'élève maintenant en plein jour, privé de l'obscurité qui le liait au monde des dieux (le Po). La pierre blanche d'investiture où les grands chefs du lignage des Tamatoa étaient autrefois investis de la ceinture de plumes rouges se dresse toujours près de la mer à Hauviri, le marae familial des Tamatoa ; et la limite occidentale de Te Po, le district entourant le marae, est marquée par une pierre appelée Tu'ia. En raison de son histoire liée aux voyages, le marae est connu dans toute la Polynésie et des navigateurs d'îles lointaines y arrivent de nouveau, retraçant la route des étoiles de leurs ancêtres et apportant leur tribut. A Manaha, par exemple, un lieu sacré où s'élevait jadis le fare atua (maison du dieu) de 'Oro, des colliers de coquillages ont été posés sur une pierre dressée en forme d'éventail et devant elle sont éparpillées des ancres de pierre et des roches apportées par des navigateurs venant d'îles éloignées. Des plates-formes pour les offrandes sacrificielles ont été reconstruites et recouvertes de tas d'ignames et de bananes, pendant qu'un petit dieu en pierre peinturluré d'ocre rouge marque un autre endroit au pied du ahu principal. Comme il convient, il y a actuellement des efforts en cours pour que Taputapuatea soit reconnu site du Patrimoine Mondial et commémoré et protégé pour le rôle central qu'il a joué dans l'histoire de la Polynésie.
Peut-être à cause des circonstances particulières de l'engagement de Tahiti avec l'Europe, car l'île a été d'abord colonisée par les Britanniques (les héritiers du Capitaine Cook) et ensuite par les Français (les héritiers de Bougainville), les ruptures avec son passé ancestral ont été très importantes. La mémoire orale de la période des premiers contacts a en grande partie disparu sur l'île et, à la place, on a puisé dans les traductions françaises des écrits de Teuira Henry basés sur les riches récits documentaires laissés par son grand-père, John Muggeridge Orsmond, missionnaire de la London Missionary Society; également dans les excellents ouvrages récents de spécialistes français tels que Alain Babadzan, Serge Tcherkézoff et Bruno Saura.29 La profusion de documents en anglais datant de cette première période dans les archives en Grande Bretagne et en d'autres pays anglophones est relativement négligée, comme l'est également l'immense recueil de Douglas Oliver, Ancient Tahitian Society, qui n'a pas été traduit en français.30 L'ironie est aussi que les Tahitiens et d'autres Polynésiens francophones sont par bien des côtés séparés de leurs proches parents en Polynésie occidentale, à Hawai'i, aux îles Cook et en Nouvelle Zélande dans la partie anglophone du Pacifique où beaucoup d'habitants des îles aujourd'hui ne parlent plus que l'anglais bien que Tahiti et Ra'iatea soient les patries ancestrales des trois derniers archipels. Et, contrairement à ce que s'est passé en Nouvelle Zélande, les marae dans les îles de la Société sont morts pour la plupart, quoique les nouveaux signes de vie à Taputapuatea à Ra'iatea indiquent peut-être un renouveau naissant. Par contre, la langue tahitienne est relativement forte et, dans le heiva et dans la tradition florissante de la danse, on peut déceler des traces puissantes des anciennes célébrations 'arioi.
Dans le tourisme contemporain aussi, on peut voir la persistance des rêves de "l'Ile d'Aphrodite" et des jeunes filles aux seins nus, créés par l'enchevêtrement des mythologies européenne et tahitienne. Sans le dieu 'Oro et les 'arioi, il n'y aurait pas eu les danses et les spectacles sexuellement explicites qui avaient tellement captivé et choqué les premiers Européens à visiter l'île. Comme l'ont petit à petit réalisé ceux qui les ont suivis, l'adultère n'était pas admis à Tahiti (bien que les jeunes gens et les grands-prêtres eussent une grande liberté sexuelle, y compris (pour les hommes du moins) celle d'expérimenter des relations de même sexe); les femmes se couvraient habituellement les seins, sauf en présence de ra'a ou pouvoir ancestral; et, en général, les jeunes femmes et hommes qui étaient extrêmement pudiques exposaient leurs organes génitaux seulement dans certains types de danses et de rituels sacrés. Quand des femmes étaient offertes aux Européens, au début c'était parce qu'on les associait à 'Oro lui-même; et plus tard, pour se procurer leurs plumes rouges (utilisées pour communiquer avec le dieu), des fusils et des canons (qui tonnaient et lançaient des éclairs comme le dieu) et du fer. Les Tahitiens, comme les Européens, ont propulsé leurs fantasmes ancestraux dans l'avenir, en déterminant la façon dont il s'est déroulé.
Pour citer les mots célèbres écrits par Walter Benjamin dans son Theses on the Philosophy of History, dans une vision qui évoque curieusement le dieu créateur ailé Ta'aroa et l'expérience post-coloniale de Tahiti :

   On peut seulement saisir le passé comme une image qui apparaît abruptement à l'instant où on peut la
reconnaître et n'est plus jamais revue…

   Une peinture de Klee appelé 'Angelus Nova' montre un ange qui a l'air d'être sur le point de s'éloigner de
quelque chose qu'il est en train de contempler intensément.  Son regard est fixe, sa bouche ouverte, ses ailes
déployées.  C'est ainsi que l'on imagine l'ange de l'histoire.

   Son visage est tourné vers le passe… L'ange aimerait rester, réveiller les morts et reconstruire ce qui a été
brisé. Mais un orage souffle du paradis; il s'est pris dans ses ailes avec une telle violence que l'ange ne
peut plus les fermer.  L'orage le propulse irrésistiblement vers l'avenir auquel il tourne le dos, pendant que
le tas de débris devant lui s'élève vers le ciel.  Cet orage est ce que nous appelons le progrès.31

   Peut-être que ceci est trop pessimiste. Pourtant, dans sa révélation apocalyptique, on entend résonner la prophétie de Vaita:

 

   Les enfants glorieux de Te Tumu
Viendront et verront cette forêt à Taputapuatea
Leur corps est différent, notre corps est différent
Nous sommes une seule espèce provenant de Te Tumu.

 

   Et ils prendront cette terre
Et les anciennes règles seront détruites
Et les oiseaux sacrés terrestres et marins
Arriveront aussi ici
Viendront pleurer
Ce que cet arbre abattu a à enseigner
Ils arrivent sur une pirogue sans balancier.

 

  

  



  

    

     

1  Driessen, Hank, 1982, 'Outriggerless canoes and glorious beings: pre-contact in the Society Islands', Journal of Pacific History XVII, 8-9; texte tahitien in Henry, Teuira, 1928, Ancient Tahiti (Honolulu, Hawai'i, Bernice P. Bishop Museum Bulletin 48), 5. Pour différentes versions de cette histoire, voir ibid., 4-6; 910.

2  Carrington, Hugh, ed., 1848, The Discovery of Tahiti: A Journal of the Second Voyage of H.M.S. Dolphin Round the World, Under the Command of Captain Wallis, R.N., In the Years 1766, 1767 and 1768, written by her master George Robertson (Cambridge, for the Hakluyt Society).

3  Pour une description plus détaillée de ces premières rencontres entre explorateurs européens et les Tahitiens, voir Salmond, Anne, 2009, Aphrodite's Island: The European Discovery of Tahiti (Berkeley, University of California Press). [en cours de traduction pour Au Vent des Iles]

4  A cette époque, le solstice d'hiver à Tahiti tombait entre le 21 et le 22 juin. (Remerciements à Sarah Rusholme, Directrice et Duncan Hall, Président du Carter Observatory, Wellington d'avoir vérifié ceci pour moi).

6  Parkinson Sydney, 1773, A Journal of a Voyage to the South Seas in His Majesty's Ship, The Endeavour (London, for Stanfield Parkinson), 33.

7  Comme l'a fait remarqué Driessen, les organes génitaux féminins servaient de ara ou chemin entre le Po et le Ao, en attirant le sacré vers le Po (Driessen, H.A.H., 1991, 'From Ta'aroa to 'Oro', PhD thesis, Autralian National University, 57-58).

8  Robertson in Carrington, ed., 1948, 156.

9  Gunson, W.N., 1980, 'Cover's notes in the Tahitians, 1802', Journal of Pacific History 15/4, 220.

10  Ellis, William, 1829, Polynesian Researches during a Residence of nearly Eight Years in the Society and Sandwich Islands, Volumes I et II (London, Henry G. Bohn) I: 301-2.

12  Moerenhout, J.A., 1837, trad. Arthur R. Borden, Jr, 1983, Travels to the The Islands of the Pacific Ocean (Lanham, New York, University Press of America), 300.

13  Ibid, 481.  Moerenhout a obtenu beaucoup de ses informations auprès de Tati Salmon, grand chef de Papara.

14  Robertson in Carrington, ed., 1948, 166.

15  Robertson in Carrington, ed., 1948, 167.

16  Sahlins, Marshall, 1985, Islands of History (Chicago and London, University of Chicago Press), xi.

17  Pour les récits publiés du voyage de Bougainville, voir Bougainville, Louis-Antoine, Comte de, 1771, Voyage autour du Monde, par la frégate du Roi La Boudeuse, et la flûte l'Étoile en 1766, 1767, 1768 & 1769 (Paris, Imprimerie de Le Breton); traduit en anglais par Forster, Johann, 1772, A Voyage Round the World Performed by Order of His Most Christian Majesty in the Years 1766, 1767, 1768 and 1769 (London, J. Nourse).  Pour les journaux et les journaux de bord publiés du voyage de Bougainville dans le Pacifique, voir Taillemite, Etienne, 1977, Bougainville et ses Compagnons autour du monde 1766-1769. Journaux de Navigation établis et commentés par Etienne Taillemite (Paris, Imprimerie Nationale), I et II; Dunmore, John, ed. et trad., 2002a, The Pacific Journal of Louis-Antoine de Bougainville 1767-1768 (Cambridge, for the Hakluyt Society); Saint-Roncière, 'Le routier inédit d'un compagnon de Bougainville', La Géographie XXXV, 3, 217-50.

18  Bougainville, Lewis de in John Reinhold Forster, ed., 1772, A Voyage Round the World Performed by Order of His Most Christian Majesty, in the Years 1766, 1767, 1768 and 1769 (London, J. Nourse), 218-19.

19  Fesche in Dunmore, ed,. 2002a, 255.

20  Commerson cité in Dunmore, John, 2002b, Monsieur Baret: First Woman Around the World 1766-68 (Auckland, Heritage Press), 94.

21  Voir Art Gallery of New South Wales, 2000, Les Sauvages de la Mer Pacifique (Sydney, Australian Focus Series no. 7), 35.

22  Pour les récits publiés de ce voyage, voir Beaglehole, J.C., ed., 1955, The Journals of Captain James Cook on His Voyages of Discovery: Vol. I. The Voyage of the Endeavour 1768-1771 (Cambridge, pour la Hakluyt Society); [Magra], John, 1967, A Journal of a Voyage Round the World in H.M.S. Endeavour (London, pour Stanfield Parkinson); Banks, Joseph in J.C. Beaglehole, ed., 1962, The Endeavour Journal of Joseph Banks 1768-1771, I et II, (Sydney, The Trustees of the Public Library of New South Wales in association with Angus and Robertson).

23  Hatchett, Charles, 'Banksiana written at the request of my Friend Dawson Esq of Great Yarmouth', Banks Archive Project, Natural History Museum, London.

24  Ellis, 1829 cité in Oliver, Douglas, 1974, Ancient Tahitian Society, I, II and III (Canberra, Australian National University Press) II: 919.

25  Carter, Harold, 'Notes on the Drawings by an Unknown Artist from the Voyage of HMS Endeavour' in Margarette Lincoln, ed., 1998, Science and Exploration in the Pacific: European Voyages to the Southern Oceans in the Eighteenth Century (Woodbridge, Suffolk, The Boydell Press in association with the National Maritime Museum), 133-34.

27  Pour les récits publiés de ce voyage espagnol à Tahiti et les suivants en 1772-75, voir Corney, Bolton Glanvill, trad. et ed., 1913, The Quest and Occupation of Tahiti by Emissaries of Spain. Vols. I, II et III(Cambridge, for the Hakluyt Society).

29  Babadzan, Alain, 1993, Les Dépouilles des Dieux: Essai sur la religion tahitienne à l'époque de la découverte (Paris, Maison de la science de l'homme); Saura, Bruno, ed., 2003, La lignée royale des Tama-toa de Ra'iatea (Pape'ete, Ministère de la Culture de Polynésie Française); Tcherkézoff, Serge, 2004, Tahiti – 1768: Jeunes filles en pleurs: La face cachée des premiers contact et la naissance du mythe occidental (Pape'ete, Editions Au Vent des Iles ); Saura, Bruno, ed., 2005, Huahine aux temps anciens (Pape'ete, Service de la Culture et du Patrimoine de Polynésie Française).

30  Oliver, Douglas, 1974, Ancient Tahitian Society, Vols. I, II et III(Canberra, Australian National University Press).

31  Benjamin, Walter in Hannah Arendt, ed., 1970, Illuminations (London, Jonathon Cape), 257-60.


   
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